Episode 3 : le radin galicien
Aujourd’hui, plusieurs années après, le temps a coulé.
Nous avons vécu une relation de trois ans et demi, entre Espagne et Danemark. Après un gros surmenage au lycée de Barcelone et une certaine lassitude de la vie espagnole en général, j’ai décidé de quitter le pays pour m’en aller explorer la Scandinavie, mon rêve depuis toujours. Une annonce du lycée français de Copenhague sur les réseaux stipulant qu’ils recherchaient une professeure de lettres m’avait définitivement convaincue de postuler et tenter ma chance.
Lui et moi avons voyagé dans de nombreux pays, rencontré à plusieurs reprises la famille de l’autre, projeté toute une vie à deux. Nous nous sommes pacsés, avons envisagé de nous installer ensemble sous le même toit sitôt mon retour en Espagne. Sauf que je ne suis jamais revenue.
Ses comportements toxiques, ses crises à répétition, ses tentatives de manipulation, sa jalousie maladive et sa radinerie rédhibitoire, pendant plus de trois ans, ont fini par avoir raison de nous et gâcher notre relation. Si nous avons connu des moments formidables ensemble, nos disputes régulières déséquilibraient considérablement la balance.
J’ai tenu bon pendant des années, aveuglée par un sentiment d’attachement extrême et cet habile mélange qu’il dosait à la perfection entre douceur et rudesse, me faisant constamment hésiter sur mon envie d’arrêter la relation. J’étais persuadée qu’il finirait un jour par avoir le déclic et changer radicalement par amour pour moi. Mais cette prise de conscience de sa part n’est jamais venue ; pire, ses comportements s’étaient empirés, lorsque je quittai Barcelone et alors que je pensais que mon départ lui ferait un électrochoc.
La distance nous a sauvés quelque temps, puisque les crises s’espaçaient, la peur d’une énième dispute et la sensation d’étouffement à ses côtés aussi. Nous ne nous voyions plus que pour de rares et précieux instants, qu’il aurait été stupide de ruiner. Pourtant, même dans les moments les plus heureux et sereins, il ne réussissait jamais à contrôler cette envie de tout saboter. Lors d’un voyage en solo en Asie qu’il avait entrepris l’année de ses cinquante ans, et après un énième coup bas de sa part dont je ne parvins pas à me relever, je mettais définitivement un terme à notre histoire. Je n’aurais jamais cru devoir un jour l’admettre ; pour moi, ce n’étaient que des choses qui arrivaient aux autres, mais j’étais tombée petit à petit dans une relation toxique dont il fallait absolument que je m’extirpe.
J’ai cru qu’il était l’homme de ma vie. Il en cochait toutes les cases, malgré ses excès, ses frasques, ses conduites désespérantes. J’ai pardonné tant d’attitudes inexcusables et mis tellement d’eau dans mon vin à plusieurs reprises que je finissais par me noyer et m’éteindre à petits feux. Le quitter, c’était me sauver.
Son souvenir m’a longtemps hantée après notre séparation, comme si j’avais été piquée par un venin qui avait mis une éternité à s’évaporer totalement des veines qu’il avait pénétrées. Un véritable cocktail explosif qui avait imbibé pendant plus de trois ans toute ma chair et possédé mon esprit tout entier. Un nectar si dangereux qu’ils n’étaient plus capables de vivre sans.
J’ai mis des années à tourner la page de cette relation extrême, à la frontière de la folie, avec des hauts et des bas par épisodes. Un mélange malsain d’amour et de détestation, une attraction aussi forte que la répulsion. Nous nous sommes aimés passionnément, mais d’une mauvaise manière. Ce fut une histoire marquante, qui restera gravée en moi à jamais. J’en aurai tiré de précieux enseignements, dont les restes ont marqué les autres relations que j’ai eues par la suite...
Il s’appelait Angel.