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Chronique numéro 23 d'une prof nomade

Boucler la boucle

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Me voilà arrivée au Danemark…

enfin, pas tout à fait.

J’écris ces lignes depuis l’aéroport de Barcelone, d'où je prendrai un vol dans la soirée.

J’ai attendu ce moment depuis des mois, et je dois bien avouer que les dernières heures qui me séparent de Copenhague me paraissent interminables.

Je me suis couchée hier soir à fleur de peau, les larmes aux yeux à l’idée de revenir après des mois d’absence douloureuse dans cette ville qui m’a tant marquée et tant apportée.

J’ai fait une pause en France entre deux voyages pendant un mois, et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’expérience n’a pas été fameuse. . Les gens m’y ont semblé porter en permanence un masque aigri qui donne bien peu envie de séjourner plus longtemps. Sans parler de ce malaise constant de se sentir étrangère dans son propre pays quand, après plus de dix ans passés en dehors des frontières, et ne revenant quasiment jamais à la mère-patrie, on peine à se réintégrer à un univers qui a pourtant – fut un temps – était si familier.

C’est donc avec un immense soulagement que je patiente sagement à la terrasse d’un Starbucks de l’aéroport. La sensation désagréable de ne pas être à ma place durant ce mois sans fin en France disparait enfin doucement de ma chair pour laisser place à un sentiment diffus de tendre nostalgie. 

A Copenhague, je me sens chez moi. J’y ai mes habitudes, mes amis, mes repères. J’ai eu cette même sensation d’appartenance lorsque je vivais en Angleterre, puis en Espagne. Mon chez-moi est mouvant.

Mais le Danemark a une toute autre saveur, bien différente des précédentes : c’est de là que je suis partie il y a dix mois en arrière, lorsque le projet des cours en ligne prenait enfin forme, puis vie. Depuis mon petit appartement que j’adorais, j’ai pu mettre en place jour après jour, nuit après nuit (blanches) mon activité en tant que professeure indépendante, avant de ne me lancer totalement dans le vide. 

Copenhague, sa sérennité unique, sa douceur de vivre, ses habitants heureux, a été le tremplin idéal pour lancer cette nouvelle aventure d’enseignement nomade. Je lui dois ce calme et ce réconfort dont j’avais grandement besoin au milieu de mes anxiétés dévorantes et de cette délirante adrénaline qui ont été si difficiles à canaliser par moments.

J’en suis partie le coeur déchiré, l’âme encore plus lourde que l’unique valise avec laquelle je partais alors. J’ai trainé et pleuré mes quatre années danoises jusqu’à Istanbul où je suis ensuite restée trois mois. Jamais aucune rupture amoureuse ne m’a fait autant de mal que celle que l’on vit avec un pays qui nous a adoptés et tant choyés.

Je suis à quelques heures de retrouver Copenhague et j’ai l’impression d’être sur le point de revoir un amant adoré laissé contrainte et forcée dans un hall d’aéroport quelques mois auparavant...

Mes plus belles histoires d’amour se traduisent dans toutes les langues et portent tous les drapeaux. Je suis tombée amoureuse de tant de nations. L’attachement que l’on développe pour un pays, son peuple, ses coutumes, son état d’esprit, me paraît encore plus puissant que celui ressenti pour un homme ou une femme ; parce qu’un pays n’a pas de corps à étreindre, pas de bouche à embrasser, pas de mains à enlacer, pas d'yeux dans lesquels se plonger, il transcende l’âme par l’impalpable et élève l’individu par l’invisible.

Copenhague, je reviens te prouver cet amour qui ne m’a jamais quittée et auquel je t’ai été fidèle durant ces longs mois de séparation. J’ai tant de choses à te raconter depuis ces dix mois où j'ai mené cette vie si intense, d'Istanbul à la Norvège !

Me voilà arrivée au Danemark…

enfin, pas tout à fait.

Je ferme la boucle de ce texte par son commencement, comme ces voyages qui ont ponctué cette année scolaire incroyable et intense.

Copenhague, me (re)voilà pour quelques temps, avant de ne repartir à l'aventure !

Cœur bavard - série littéraire

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