Chronique numéro 11 d'une prof nomade
De l'urgence de vivre

Quand je vois le rythme de mes journées, soutenu et intense, je me demande souvent d’où vient ce besoin impérieux de mener de front autant de choses.
Développement de mon activité de cours en ligne sur les réseaux
Écriture d’articles, de chroniques, de poèmes
Publication de mon premier recueil
Voyage et vie nomade
Musique, théâtre
Amis, amours…
Personne ne me force à m’infliger des semaines aussi chargées, ni à avoir autant d’activités, ni à accumuler toutes ces idées dans la tête, encore moins à mener cette vie de nomade qui me permet d’associer travail et voyage, mais qui demande une énergie folle.
Je m’interroge : pourquoi ai-je choisi de vivre une vie pareille, pourquoi vouloir créer, monter de nouveaux projets sitôt que les autres sont réalisés ? Pourquoi repousser chaque fois mes limites, ne pas tenir en place, voyager autant, sans cesse sortir de ma zone de confort, provoquer les rencontres, l’adrénaline, la fatigue, le stress ? Pourquoi ne jamais s’arrêter ? Et tant apprécier endurer tout ça !?
Parce que cette vie complètement folle, pour rien au monde je n’en changerai !
Pas besoin de réfléchir très longtemps ni de s'allonger sur le divan d'un psy pour trouver ma réponse...
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J’ai une peur terrible de la mort.
Peur que tout s’arrête du jour au lendemain, après l’annonce terrible d’un grave problème de santé ou d’un accident fatal que personne n’aurait prévu.
La crainte de ne plus être aussi libre de mes mouvements.
La hantise d’être clouée dans un lit d’hôpital, ou dépendante de rendez-vous médicaux autour desquels toute ma vie finirait par tourner.
La terreur de me voir affaiblie et ralentie dans toutes mes actions, avec une effroyable épée de Damoclès suspendue au-dessus de ma tête.
L’angoisse d’un compte à rebours abominable avant l’extinction définitive de tous les feux.
Ah ! Ne m’accusez pas d’être négative, ou de ne penser qu’au pire, ni que ce ne sont pas des choses qui arrivent quand on est jeunes...
Je vois autour de moi trop de gens de mon âge subir les fatalités d’une vie impitoyable : combien d’amis à qui l’on annonce des cancers, des maladies graves, des mauvaises nouvelles dans le cabinet d’un docteur à l’occasion d’un simple contrôle de routine ?
Combien de gens autour de moi partis aujourd’hui à des âges indécents ? Même pas quarante ans pour certains…
Ce n’est hélas plus le terrible sort réservé aux plus fragiles ou aux plus vieux.
Et j’ai pleinement conscience de tout cela, en même temps que j’en suis terrifiée.
C’est pour cela que j’aime profondément la vie. Que je la dévore à pleines dents, que je n’en manque pas une bouchée, pas une miette. Mon appétit de vivre, de créer, de bouger, de penser, d’inventer, de voyager, n’est et ne sera jamais rassasié tant qu’on ne me retirera pas ce pain de la bouche, contrainte et forcée.
Parce que je sais que nous sommes effroyablement vulnérables, et qu'avoir conscience de l'imminence sournoise de la mort, c'est réaliser qu'il n'y a plus une minute à perdre pour vivre intensément, avant qu'il ne soit trop tard.
C'est la raison pour laquelle je ressens depuis toujours un besoin urgent de vivre les choses en grand, en XXL, jamais à demi, toujours à fond, à cent pour cent ; des choses brûlantes, pas tièdes. Des choses difficiles, pas toujours gagnées. Des choses qui se méritent, des choses pour lesquelles il faut se battre. Des choses qui font peur ; d’autres qui font rêver. Je veux tout vivre, tout connaître, tout tenter, tout tester, tout expérimenter ; et ne rien regretter. Tant qu’il est encore temps. Jusqu’à la dernière seconde du chronomètre, jusqu'à la ligne d’arrivée de cette course effrénée.
Pour venger ceux qui n'ont pas cette chance.
Quel privilège de sentir à chaque réveil la force habiter ses muscles, le sang circuler dans ses veines, ses poumons se gonfler d'un air neuf et frais ! De manger de bon appétit. De marcher, de courir. De pouvoir penser, parler, écrire.
Vivre en bonne santé est une chance.
L'ignorer et ne pas en profiter est une hérésie !
Choisir d’exister, pas seulement de vivre.
Jusqu’à la dernière goutte, jusqu’à plus soif.
Tant que l’énergie est là, ne jamais dire « non » à ce que la vie nous offre.
Remplir sa tête, ses albums photos, sa boite à souvenirs, ses carnets d’écriture.
Sortir de sa zone de confort, prendre des risques, faire battre son coeur.
Avant que tout ne s’arrête.
Un jour.
Quand ?