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Chronique numéro 5 d'une prof nomade

S'adapter en toutes circonstances

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La vie de nomade présente parfois des inconvénients, plus ou moins lourds. Penser que c’est une vie de rêve, que tout y est parfait, c’est en réalité s’attacher seulement aux apparences de ce que l’on veut bien nous vendre sur les réseaux.

Et depuis que je suis à Istanbul, soit un plus de deux mois, il m’en est arrivé des galères !

La liste est longue, et, je l’espère, exhaustive :

un tapis de valises en soute introuvable à l’aéroport

des clés qui n’ouvrent pas la porte de l’appartement, alors que je débarque en pleine nuit dans un endroit où je n’ai jamais mis les pieds

un opérateur téléphonique qui juge bon de bloquer l’utilisation de mon téléphone à mon arrivée

des coupures d’électricité tous les quatre matins, m’empêchant de travailler en ligne et m’obligeant à bouleverser mes journées de travail à la dernière minute (en plus de perdre de l’argent)

des voisins qui me dénoncent auprès de ma propriétaire, persuadés que je « sous-loue l’appartement à une vieille dame russe » dans son dos (quand il s’agit en réalité de ma mère qui est venue me rendre visite )

une porte de four qui explose en mille morceaux pendant que je me prépare un repas

un petit tremblement de terre de magnitude 5.2 qui me fait totalement paniquer (bon, ça a duré 2 secondes, mais j’ai rarement eu aussi peur)

une douche et une baignoire complètement bouchées pendant des jours

une carte bleue qui ne veut ni payer, ni laisser retirer du liquide aux distributeurs...

Ce ne sont que de petits tracas du quotidien et rien de bien méchant, mais lorsque l’on se retrouve seule et désorientée en terre inconnue, loin de ce qui nous est familier, ses repères et son entourage, la moindre contrariété peut vite prendre une ampleur qui nous échappe.

A chaque fois, il faut être réactifs : vite agir, trouver une solution rapidement, s’adapter en un éclair, rebondir et retomber systématiquement sur ses pattes. Un chat-caméléon, en somme ! Flexibilité et adaptabilité.

Fort heureusement, je n’en suis pas à ma première aventure à l’étranger, et je suis habituée, depuis le temps, à surmonter seule les galères.

En 2016, à 26 ans, je plaquais tout pour vivre ma première grande aventure à Londres. Tout était beau sur le papier : job de rêve, superbe logement, ville rêvée, compagnon idéal (nous partions nous installer à deux en Angleterre). Sauf que sur place, la réalité était tout autre : alors que je pensais que ma vie venait de changer, c’est en réalité quatre mois après notre arrivée qu’elle basculait pour de bon :

je me sépare de mon compagnon, après 10 ans de vie commune

je ne suis toujours pas guérie de ma dépression

je me retrouve seule dans la jungle urbaine londonienne

je ne connais personne, tout au plus quelques collègues que je n’apprécie guère

l’ambiance dans ma nouvelle école est exécrable

je suis criblée de dettes à cause de mon ex

je dois me reloger en urgence tout en continuant à payer un double loyer

je ne veux pas le soutien de ma famille, à qui je cache mes problèmes

c’est l’hiver, et mon anglais est très approximatif...

Et pourtant…

Je vivais ma meilleure vie sans même encore le savoir.

Car après m’être remise de cette période difficile, je me suis transformée : plus forte, plus solide, indépendante, débrouillarde, sans peur, toutes ses épreuves m’ont durablement et intimement transformée. A Londres, sous la pluie battante et le froid mordant de l’hiver, j’ai trouvé la femme que j’avais toujours rêvé d’être.

Depuis l’Angleterre, je ne suis plus la même, et si je devais revivre ces mêmes mois d’incertitude, d’angoisse extrême et de bouleversement à tous les niveaux, je n’hésiterais pas une seule seconde à les revivre. Ils furent les meilleures leçons que la vie pouvait m’offrir.

Aujourd’hui, il pleut à Istanbul. J'écris cet article dans un café où un chat a élu logement sur mes genoux. Le temps, le trafic infernal et les vagues ondulantes de parapluies me rappellent ma vie londonienne, à laquelle j’étais profondément attachée. Je dois tout à cette ville, qui a bâti l’édifice actuel de mon caractère bien trempé tout en influençant mes choix de vie actuels. Elle m'a appris qu'on peut se relever de beaucoup de choses dans la vie, dès lors que l'on accepte de se forger un mental d'acier.

Istanbul peut bien me mettre au défi un peu plus chaque jour : quand je pense être arrivée au paroxysme de l’agacement ou de l’épuisement, finalement, j’en redemande encore…

Prochaine galère à venir, peut-être ?!

Cœur bavard - série littéraire

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