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Chronique numéro 9 d'une prof nomade

Revenir sur ses traces

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Changement radical.
Après 3 mois des plus intenses en l'ancienne Byzance, me voilà de retour dans un pays qui m'est bien familier : l'Espagne.

J'ai posé mes valises à Barcelone une petite semaine avant de ne poursuivre ma route dans le sud, à plus d'une heure en train de Valence.
Ah ! Barcelone... 
Elle et moi, ce fut pour le meilleur et pour le pire.
Ces quelques jours dans cette ville ont fait ressurgir tous les souvenirs de mon ancienne vie catalane : celle où, la trentaine fraichement acquise, je débarquais d'Angleterre un été en pleine canicule, la valise pleine de rêves, l'envie de dévorer toute l'Espagne à moi toute seule.

En arrivant à l'aéroport ce matin, j'ai éprouvé immédiatement le doux sentiment d'être de retour à la maison.
Plus besoin de rester visser à mon Google Maps, ni de garder le nez en l'air à scruter tous les panneaux d'indication pour trouver ma route : je me sens ici chez moi.

Que c'est bon de se laisser porter par la familiarité rassurante d'un lieu que l'on connait presque par coeur, où l'on avait ses habitudes et sa routine !
Et quel changement par rapport à Istanbul où je me sentais si vulnérable, si petite, si étrangère au monde !

Cette vie de nomade, je la veux faite de nouveautés mais aussi de retours sur ces traces qui m'ont faite. Dorénavant, je peux reconstituer les pièces de ce puzzle éclaté aux quatre coins de l'Europe et revenir me ressourcer dans ces endroits qui me manquent. Je me sens enfin entière et comblée. Finie la frustration déchirante de quitter un pays qui nous a vu grandir.

Je me laisse aller à la flânerie le soir même de mon arrivée, valise laissée à l'appartement. Le moindre pavé me rappelle cette vie intense que j'ai menée ici avec passion : amis, amour, art, travail, voyage, joie, peine, surprise, déception... J'y ai tout vécu.

Et les murs de me murmurer ces anciennes amours dévorantes auxquelles je ne peux m'empêcher de penser sitôt que je bats le pavé...

C'est que Barcelone m'a façonnée durablement. J'y ai travaillé jusqu'à l'usure, et j'y ai aimé de toute mon âme un homme qui a partagé ma vie pendant trois ans et demi. J'y ai connu des amis qui me sont devenus chers et qui font partie de ma vie aujourd'hui. J'y ai voyagé à chaque occasion : je connais même mieux ce pays que la France...

Ah ! Il y aurait tant à dire, encore !

J'y ai chanté pour un opéra, puis dans une comédie musicale. J'y ai appris la langue et vécu "à la locale". J'y ai eu terriblement froid l'hiver, dans mon appartement sans chauffage, puis atrocement chaud l'été, au milieu des rues étouffantes et du bitume fumant.

Barcelone...

Je ne m'éternise pas dans cette ville où la nostalgie risque de me dévorer. Direction : le sud. J'ai besoin de passer une partie de l'hiver sous le soleil doux d'une petite ville au calme, loin de la frénésie urbaine des grandes cités et des mélancolies larmoyantes.

Après quatre heures de trajet en train, me voilà en dehors de ma terre connue. Je débarque dans une petite ville balnéaire où je n'ai jamais mis les pieds.


A Gandia, pas de tentations de faire sortir mon M. Hyde à la nuit tombée en parcourant les rues à la recherche d'adrénaline nocturne. Je resterai le sage Dr Jekyll durant tout le mois de novembre, à écrire soir et matin, à travailler la journée, entre deux balades le long de la mer douce et chantante. 
Ici, le décor est inspirant et apaisant. La géométrie de l'espace (ligne horizontale de la mer, verticale des palmiers) plait à mon œil "artiste" obsédé par le rectiligne. Le tableau, quasi monochrome, est sidérant de beauté : pleins feux sur le bleu ! 

De quoi écrire et guérir sereinement l'âme tranquille - quoique bien nostalgique tout de même - du tumulte stambouliote, jusqu'au prochain épisode...

A suivre...

Cœur bavard - série littéraire

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