Chronique numéro 10 d'une prof nomade
Et de dix !

Dixième chronique !
Un nombre à deux chiffres, tout rond, tout beau.
C’est que cette vie de prof-nomade-écrivaine est inspirante et ne manque pas de faire couler l’encre : entre les défis à relever chaque jour pour faire tourner mon activité, trouver sans cesse de nouvelles idées, assurer des cours en ligne personnalisés de qualité, accompagner au mieux et au plus près tous mes élèves et être toujours disponible pour eux et leurs parents… Il n’y a pas de quoi s’ennuyer !
Sans compter les valises qu’il faut faire et défaire tous les deux ou trois mois, passer de la Turquie à l’Espagne, prévoir la prochaine destination et organiser le périple à venir, réaliser que je n’ai pas du tout l’équipement adéquat pour y passer tout un mois (mais où diable m’en vais-je ? Vous le découvrirez bientôt…)
Et la sortie de mon premier recueil de poésie, « Récits Déracinés » aux éditions Hello, que j’ai à peine eu le temps de fêter !
D’ailleurs, pour Noël, que diriez-vous d’offrir un peu de poésie sous le sapin à vos proches ? Pour tous les amoureux de voyage, les assoiffés de liberté, les sentimentaux et les mélancoliques, n’hésitez pas à passer commande ici : https://www.helloeditions.fr/produit/recits-deracines-recueil-de-poesie-nomade/
Pas facile de trouver le temps de se poser pour écrire de nouveaux poèmes. Je travaille en effet à l’écriture d’un second recueil, avec pour projet un peu ambitieux (et fou ?) de le voir publié d’ici l’été prochain.
Celui-ci narrera mes aventures, toujours de manière poétique, entre Espagne, Turquie et… le reste du monde !
🇪🇸 La vie suit son cours à Gandía, petite ville balnéaire au sud de Valence et aux plages paradisiaques. Après avoir passé deux jours entiers sans mettre le nez dehors, j’ai entamé une longue balade cet après-midi le long de la mer. Que l’air est suave dans cette partie de l’Espagne ! C’est à peine si l’on réalise que l’on est en hiver et que les fêtes de fin d’année approchent.
Ici, loin du tumulte des grandes villes bruyantes et éreintantes, la vie, paisible, coule lentement.
Je suis entourée de silence nuit et jour. Quel changement comparé à Istanbul, où les sens étaient sans cesse sollicités, et surtout saturés !
Je pense parfois douloureusement à ce(ux) que j'ai laissés derrière moi à Istanbul... Le jeune homme que je fréquentais, le vendeur de simit chez qui j'allais tous les matins, le garçon de l'hôtel qui me disait bonjour chaque fois que je passais devant son établissement, la serveuse du petit restaurant chez qui j'allais plusieurs fois par semaine et qui m'accueillait avec le sourire, tout en me demandant, d'un anglais un peu maladroit : "filter coffee and menemen, as usual ?" Ah ! C'est que j'y avais mes habitudes, dans ce quartier bordélique auquel j'avais fini par m'attacher ! Et les petits chatons que je nourrissais à la main en bas de mon immeuble... ! Que sont-ils devenus, ces petits êtres sans défense ?
L'Espagne, refuge rassurant et familier, me souffle pourtant un vent tiède aux embruns de spleen auquel je ne m'attendais pas.
Que le cœur nomade doit être fort dans cette épreuve redoutable des adieux et de la nostalgie qu'ils entraînent ! Suis-je seulement tout à fait capable d'endurer pareille peine ?
Ici, et pour un mois, je mène une vie d'ermite.
Le calme s'accompagne d'une solitude extrême, déversant son flux de réflexions sur soi et sur le monde que rien ni personne ne peut interrompre ou distraire.
A Gandía, il n’y a évidemment pas la même effervescence que dans de grandes villes cosmopolites où l’on brasse toutes les nationalités et toutes les générations. Pas de soirées festives, pas d’événements rassemblant des digital nomad du monde entier, pas de rencontres marquantes sous les néons des discothèques, pas d'interactions dans quelque milieu intellectuel ou artiste bouillonnant et stimulant. Une vie sociale complètement à l’arrêt, dont il faut bien s’accommoder !
Loin de m’apitoyer sur mon sort, je tourne la chose au positif : j’en profite pour faire le plein de sérénité, de silence et de temps pour moi. La solitude peut être lourde à porter quand il n’y a rien pour la combler : mais sitôt que l’écriture et la lecture habitent votre quotidien, il n’y a plus jamais à craindre les soirées que l’on passe seuls, coupés du reste du monde.
Les mots sont la meilleure compagnie que je puisse avoir : les lire, les écrire, les entendre, peuplent mon existence d’une douce compagnie dont je ne me lasse jamais.
Je profite de cette halte en solitaire avant de ne rejoindre la ville de Valencia, nettement plus animée, d'ici quelques semaines.
Alterner entre plage et ville, calme et bruit, sable et bitume, solitude et compagnie, me semble constituer un équilibre plutôt sain pour écouler les derniers jours de l’année 2025.
Que réserve 2026 ?