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Chronique numéro 14 d'une prof nomade

Ne plus se forcer

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Depuis plusieurs années, j’ai décidé de ne plus fêter Noël.

Pour certains, cette période de fin d’année est synonyme d’heureuses retrouvailles entre proches et de moments tendres en famille. Un moment attendu toute l’année ou presque de revoir les siens, après parfois plusieurs mois de séparation.

Pour d’autres, comme c’est mon cas, Noël est un vrai supplice.

Quand la famille est dysfonctionnelle, quand chaque réveillon vous rend malade de contrariétés, quand vous revenez de chaque « vacances » la mine épuisée et amaigrie et que vous mettez des jours à vous remettre psychologiquement et physiquement d’une « fête » qui tourne à l’épreuve, c’est qu’il est temps de dire stop à la torture.

Pendant longtemps, j’ai fait semblant de croire que je devais prendre sur moi en m’infligeant ces moments difficiles. Qu’il s’agissait de ma « bonne action » de l’année, comme on me l’avait dit une fois. Que j’étais une mauvaise fille, une mauvaise sœur, une mauvaise tante si je ne faisais pas l’effort de me joindre au reste de la famille. Que je le regretterai plus tard.

Et puis, un jour, à trente ans passés, il y a eu un déclic.

Je me suis dit : « plus jamais ça ».

Au début, c’était un sentiment horrible de culpabilité à l’idée d’ignorer tout ce monde à ce moment crucial de l’année. Je trouvais des excuses pour ne pas avoir à dire la vérité : « je suis avec la famille de mon copain », « les billets d’avion pour rentrer sont trop chers », « j’ai trop de travail ».

J’étais malade de culpabilité, à en pleurer. J’en venais à envier terriblement ceux pour qui les fêtes de fin d’année étaient heureuses.

Puis, cette année, et pour la première fois, j’ai été honnête sur mes intentions : « Noël, dans ces conditions, ça ne m’intéresse pas. Faites sans moi. On se verra une autre fois. »

Ah ! N’allez pas croire que j’ai l’âme triste ce soir, lourde ou bien coupable : je suis sereine et apaisée, bien au contraire, et comme jamais !

Quelle douceur se répand dans l'âme quand on ne souffre plus enfin...

Je suis heureuse pour tous ceux qui apprécient Noël et retrouvent leurs proches : je ne les envie plus du tout, mais me réjouis sincèrement pour eux.

Quand je discute autour de moi de Noël, je me rends compte au combien de personnes souffrent de ces moments qui font plus de mal que de bien. La pression, la culpabilité, la peur du jugement, des représailles même, si l’on ne participe pas – hypocritement – à ces réunions destructrices, nous forcent à faire acte de présence alors que l’on aimerait ne surtout pas y être.

J’ai dit stop à tout ça.
Pour ma santé mentale. Pour mon équilibre.

Dans le miroir aujourd’hui, je vois un visage reposé et épanoui, hâlé par la douceur hivernale du soleil d’Espagne ; des joues bien remplies et toutes roses, à l’inverse de la mine creuse et maladive que je ramenais de mes vacances, avant ; un corps plein d’énergie, prêt à profiter de toute cette vitalité, quand quelques années en arrière à la même période, il ne demandait qu’à dormir.

Une métamorphose !

🕊 Ne plus souffrir de Noël, c’est une véritable renaissance : une liberté ultime, un apaisement de toute l’âme, un relâchement de tout le corps. Fonctionner à contre-courant des conventions, dire « non » au groupe quand il dit qu’« il faut », résister à la pression sociale, développent une force insoupçonnée qui donne la sensation d’être intouchable.

S’extraire de la famille, à cette période sensible de l’hiver, demande un effort psychologique conséquent. C’est une lutte, nécessaire pour devenir totalement libre et arrêter de subir. Quand on en sort vainqueur, on en devient plus sage et plus apaisé.

A trente-six ans, je suis enfin détachée de cette pression et en harmonie avec moi-même. J’ai décidé de ne plus tout accepter et d’affirmer mes choix d’adulte. Sans éclats, sans scandales, sans fâcheries. Une distance silencieuse et pacifiste, qui ne veut de mal à personne, et qui œuvre pour mon bien.

Dans les rues de Valence, je marche le nez au vent, flairant une terrasse de café. Je contemple les décorations, le grand sapin et la crèche immense sur la place de la mairie, sans aigreur aucune, sans sentiment de tristesse, l'âme doucement réjouie pour tous ceux qui profitent de ces jolis moments en famille.

Je m’assois à une table, quand le serveur vient vers moi pour me prévenir qu’ils ferment dans cinq minutes. Pourtant, il est bien tôt : même pas dix-sept heures. Ah ! Mais, j’avais oublié ! Noël, c'est ce soir !

Un jour comme un autre, quand on l’a décidé.

Cœur bavard - série littéraire

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