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Chronique numéro 18 d'une prof nomade

La maison bleue

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J’ai trouvé un havre de paix à près de trois cents mètres au-dessus du cercle polaire norvégien.

Une maison bleue aux allures de cabane, entourée par la forêt vierge et le silence le plus profond et le plus apaisant que j’ai pu connaître jusqu’à présent.

Je ne me lasse pas des réveils ici. Si l’aube tarde à venir, et que les premières heures se font dans une semi-obscurité grise et paresseuse, le soleil s’invite ensuite rapidement, depuis plusieurs matins maintenant, à la table de mon petit-déjeuner, comme un hôte fidèle à la présence réconfortante.

Je passe mes journées à travailler, lire et écrire. Entre deux (cours en) lignes, je pars marcher le long de la route rectiligne qui passe devant la maison. L’air vif piquotte les joues d’un blush naturel qu’aucun maquillage ne peut égaler ! Et tandis que les poumons s’emplissent de l’énergie hivernale, les yeux se laissent aveugler par des rayons d’une force inattendue.

Qui a dit que les hivers étaient terribles par ici ?

Rarement sur cette route, passe une voiture à vive allure et aux pneus cloutés, entrainant derrière elle une vapeur poudreuse de neige balayée par la vitesse de l’engin. C’est le seul bruit qui ponctue mes journées (sans parler du cliquetis de mes doigts sur mon clavier d’ordinateur).

Parfois, je pars m’aventurer aux abords de la forêt. Ce matin, la neige était tombée en une abondance telle, que je m’y suis enfoncée jusqu’à mi-cuisses. Mieux vaut rester sur le sol certes givré et glissant des routes, mais plus commode pour se mouvoir. 

La paix habite l’entièreté de la cabane. La sérénité y est à son apogée. J'y retrouve enfin cette tranquillité de l'âme et de l'esprit si difficile à trouver dans cette vie aussi mouvementée.

Parfois, quand je travaille à l’ordinateur, un gros chat roux s’installe sur le rebord de la fenêtre à côté de laquelle je me suis crée un poste de travail. Curieux, il vient près de moi, ronronnant, renifler le parfum de l’étrange française. Se demande-t-il ce que je fiche ici, en cette contrée coupée des grandes villes et méconnue du grand public ? Probablement… Il lui arrive souvent de me fixer de ses grands yeux de feu couleur soleil, inquisiteur, l’air de sonder mon âme, à deux doigts de me lancer un : « on ne voit pas souvent de nouvelles têtes par ici ! Quelles sont tes intentions, Visiteuse ? ».

Voyageuse égarée ? Certainement pas. Je savais très bien où je mettais les pieds en me rendant ici, dans cette maison bleue où je ne viens pas pour la première fois. L’été dernier, la région m’avait parue enchanteresse ; elle ne me déçoit pas en hiver. Au contraire, elle confirme mon impression : celle de vivre dans un tableau de peinture baigné de tons givrés et de blancheur immaculée, ou bien d’être l’héroïne d’un roman d’aventures venue chercher quelque romance en des terres peuplées de froides légendes.

Un cadre idyllique, mythique et privilégié, réservé aux plus chanceux des terriens. Un véritable don des dieux.

Au moment où j’écris ces lignes, le chat orange dort paisiblement dans le faisceau d’un rai de lumière qui pénètre le salon. Dehors, dans ce qu’on ne pourrait même pas appeler un jardin mais plutôt une forêt sauvage, des particules de neige fine dansent dans le soleil sous un ciel d’un bleu saphir. Mon profil difforme se projette sur les lambris de la cuisine, façon ombre chinoise. La matinée passe lentement. J’en oublie la précipitation de l’existence, la course effrénée après la montre, le bruit urbain, l’agitation des foules monstres. Comment redescendre de ce nuage de douceur et de coton d’ici quelques semaines ?

Ici, l’inspiration est à l’image de l’existence que je mène depuis dix jours : douce et paisible. Bien loin des tourments que causent les grandes villes pleines de vices et de tentations, la plume s’apaise, bercée par le rythme lent du tic-tac des pendules qui tournent au ralenti.

Ah ! Norvège ! Tu n’en finis pas de me surprendre et surtout de me séduire !

Ne manquerait-il pas à ce chapitre presque parfait que l’amour ne pointe le bout de son nez au printemps approchant ? ...

Cœur bavard - série littéraire

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