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Chronique numéro 22 d'une prof nomade

Blues blanc

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Après cinq semaines suspendues dans le temps et l’espace, il est temps pour moi de revenir doucement toucher la terre ferme.

J’écris cette chronique depuis la chambre d’un hôtel de Tromsø, non loin de l’aéroport. Je suis venue en bateau depuis la région de Senja, où j’ai séjourné durant tout ce temps. Un coin reculé, préservé des grandes villes et de l’agitation urbaine, entre mer et forêt, où j’ai pu faire le plein de repos et d’ondes positives avant de ne reprendre ma route. Une parenthèse enchantée de laquelle il est bien difficile de s’extraire.

J’ai retrouvé l’ambiance vide et froide des hôtels de centre ville. La maigre animation de Tromsø le soir, où tout ferme tôt, ses quelques voitures et ses nombreux touristes, loin des grandes mégalopoles, me rappellent néanmoins que j’ai quitté pour de bons les bois bleus où, pendant plus d’un mois, j’ai su trouver la paix de l’âme et la tranquillité de l’esprit.

Je pensais, en rejoignant la civilisation, retrouver avec plaisir le monde et le bruit et me plonger de nouveau dans l’énergie citadine qui d’ordinaire me porte tant, mais c’est tout l’inverse qui se produit : ce matin au petit-déjeuner de l’hôtel, je me suis sentie submergée par une foule – grouillante en cette période hautement touristique dans la région – qui parle toutes les langues de la terre, tandis que pendant cinq semaines, je n’ai parlé que l’anglais et n’ai entendu que le norvégien.

J’ai fini mon café en vitesse avant de ne remonter m’isoler dans ma chambre, retrouver ce calme qui était devenu mon nouveau repère et qui semble s’évaporer avec douleur à présent.

Par la fenêtre de ma chambre, la vue ne laisse pas indifférent : du haut de mon septième étage, je domine la jolie petite église jaune derrière laquelle on devine la mer, et cette immense montagne au bout du pont qui donne l’impression d’une vague de glace prête à s’écraser sur les bâtiments de brique et de verre, masse impressionnante aux allures de monstre des neiges.

Mais, diable ! Que je suis loin de la vue paisible sur la forêt blanche, des matins calmes au son du doux ronron des chats, de l’odeur toastée de mon café chaud en regardant tomber la neige par la cuisine, du bruit craquant de mes bottes sur les flocons frais, entourée par le silence sourd des bois déserts que surplombent les aurores boréales à la nuit tombée !

C’est que les yeux s’habituent à la hauteur des montagnes, et les oreilles au calme ambiant ; qu’il est difficile de sortir de cette bulle cotonneuse lorsqu’on a goûté au bonheur simple d’une vie retirée à la campagne, où l’âme est préservée des infâmies des villes et des tourments des hommes !

Par la fenêtre, j’observe l’étrange tableau cubiste qui se peint devant moi : partout s’étalent du gris, du noir, du brun, du rectiligne et de la matière froide. Où sont les jolies maisons en bois de toutes les couleurs, bleues, rouges, jaunes et vertes, qui peuplent et pigmentent d’une multitude de petits points colorés l’immense étendue blanche des plaines vides ?

La maison bleue est bien loin derrière moi maintenant. Ceux que j’y ai rencontrés également. Je ne suis plus bercée par le ronronnement des matous, mais par celui des moteurs de voitures et des bus qui drainent par paquet des centaines de touristes d’un point à l’autre de la ville.

Depuis cette chambre d’hôtel, à quelques heures de mon vol, j’ai le coeur qui se pince au souvenir de ces semaines si spéciales. Je ferme pour une durée indéterminée ce chapitre, qu’il se pourrait que je rouvre plus tard, cet été, peut-être…

Si le vent veut bien m’y porter !

Cœur bavard - série littéraire

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